Une entreprise ne ferme pas parce qu'elle gagne peu. Elle ferme le jour où elle ne peut pas payer : le loyer tombe, les salaires tombent, le fournisseur réclame, et le compte ne suit pas.

Un tableau de trésorerie sert à voir ce jour venir. Il ne remplace pas la comptabilité et ne prépare aucune déclaration. Il répond à deux questions : combien il reste cette semaine, et quand l'argent va manquer.

Ce tableau tient sur une feuille de calcul : trois colonnes, une ligne par semaine. Voici ce qu'il contient, dans quel ordre on le remplit, et comment on le lit. Les chiffres de l'exemple sont en FCFA.

Trois colonnes, une ligne par semaine, rien de plus

En lignes, les semaines : de la semaine 1 à la semaine 10 ou 12. En colonnes, trois choses seulement : l'argent qui entre, l'argent qui sort, le solde.

Le solde d'une semaine se calcule toujours de la même façon : solde de la semaine précédente, plus les entrées, moins les sorties. La première ligne part du solde réel d'aujourd'hui, banque, mobile money et caisse additionnés. Le compte mobile money compte : c'est souvent là que passe l'argent des ventes.

La semaine, et pas le mois. Un mois peut finir à l'équilibre avec deux semaines négatives à l'intérieur. Un loyer, des salaires, une déclaration tombent à des dates précises : c'est cette date qui décide si vous payez.

Le format. Huit à douze semaines devant vous suffisent. Au-delà, les estimations deviennent des suppositions.

Pourquoi une feuille de calcul suffit

Les logiciels de trésorerie ne sont pas mauvais, ils sont trop larges : avant la première ligne utile, il faut un plan de comptes, des catégories, des imports, une formation. Trois semaines de mise en route et un abonnement mensuel, pour un outil que personne n'ouvre ensuite.

Une feuille de calcul ne fait qu'une chose, mais elle la fait tout de suite. Elle s'ouvre sur un téléphone, se corrige en une minute, se transmet à la personne qui suit les comptes. Un fichier ouvert chaque lundi pendant un an vaut mieux qu'un logiciel complet que personne n'ouvre.

La limite existe : au-delà d'une trentaine de factures par mois, quand deux personnes doivent saisir et rapprocher les relevés bancaires, l'outil devient justifié. Avant ce point, il ajoute du travail au lieu d'en retirer.

Une vente n'est pas un encaissement

C'est l'erreur qui produit les blocages : inscrire la vente le jour où la facture est émise.

Une facture émise n'est pas de l'argent reçu, c'est une créance : quelqu'un vous doit une somme, à une date. Tant que le paiement n'est pas arrivé, la somme n'existe pas dans votre trésorerie. Vous pouvez avoir livré, payé le stock et les salaires, et n'avoir rien encaissé. Le tableau qui inscrit la vente au jour du travail se croit riche en semaine 1, puis se retrouve à sec en semaine 3.

D'où deux suivis, et non un seul. Le suivi des créances : quelle facture, quel client, quel montant, quelle échéance, et la date d'encaissement réelle. Puis le tableau, qui ne reçoit que cette dernière date.

Où placer un encaissement quand le client paie à trente jours

À la semaine où l'argent arrive réellement, pas à celle de la facture. Une facture émise un 5 janvier à trente jours se place en semaine 5 ou 6, jamais en semaine 1. Et si le client paie habituellement avec quelques jours de retard, décalez d'une semaine encore : vous serez surpris en bien, jamais pris de court.

Ne recopiez jamais une promesse dans la colonne des entrées. « Le client a dit qu'il passait vendredi » n'est pas un encaissement. Si vous voulez suivre les deux, faites deux colonnes : ce qui est certain, ce qui est probable. Le tableau se lit sur la première.

Cette discipline rend le problème visible : un mois où vous avez beaucoup vendu et peu encaissé vous a appauvri. Le mécanisme est détaillé dans délai de paiement client.

Ce qu'on met dans les sorties, dans l'ordre

D'abord les charges fixes. Loyer, salaires, abonnements, électricité. Elles tombent à date connue, ne se négocient pas dans l'urgence, et décident de la survie. Inscrivez-les sur les douze semaines : ce sont vos seules lignes certaines.

Ensuite ce qui tombe à date connue. Déclarations et cotisations, échéances de crédit, assurance, renouvellement de licence, patente. Ce sont les sorties les plus dangereuses : lourdes, espacées, oubliées entre deux échéances. Dès qu'une date est connue, elle entre dans le tableau.

Enfin l'estimation des variables. Stock, transport, emballage, livraison, commission du moyen de paiement. Prenez la moyenne des trois derniers mois et majorez-la d'un dixième. Sous-estimer les variables est la deuxième cause de tableau faux, juste après les ventes comptées comme des encaissements.

La seule colonne qui décide, c'est le solde

On ne lit pas les entrées, on ne lit pas les sorties. On lit la ligne du solde, semaine après semaine.

Un tableau peut afficher de belles entrées et finir à moins deux cent dix mille. Il ne se contredit pas : il dit que l'argent est entré, qu'il est sorti plus vite, et qu'il a manqué à un moment précis. Ce moment, c'est la semaine où le solde passe sous zéro.

Ce qu'on cherche en lisant, dans l'ordre : la première semaine négative, la première où le solde descend sous les charges incompressibles, salaires et loyer réunis, et le point le plus bas. Un solde qui touche les salaires une semaine avant une grosse rentrée n'est pas un drame : c'est un décalage, et un décalage se corrige.

Ce que le tableau achète. Du temps. Un solde négatif dans trois semaines se voit maintenant, quand il reste des solutions. Dans trois semaines, ce sera un découvert et un salaire en retard.

Le tableau d'un atelier, sur huit semaines

Un atelier de confection : deux employés, un local en location, des ventes de comptoir payées en mobile money, et une commande de 900 000 FCFA facturée à une entreprise à trente jours, attendue en semaine 6. Solde de départ : 600 000 FCFA en banque, mobile money et caisse.

SemaineEntrées (FCFA)Sorties (FCFA)Solde (FCFA)
Départ——600 000
Semaine 1350 000510 000440 000
Semaine 2300 000425 000315 000
Semaine 3420 000555 000180 000
Semaine 4260 000480 000−40 000
Semaine 5300 000470 000−210 000
Semaine 6900 000450 000240 000
Semaine 7280 000290 000230 000
Semaine 8300 000185 000345 000

Les sorties de la semaine 1 portent les salaires, le loyer du trimestre et le réassort ; la semaine 4, une déclaration de 210 000 FCFA. Le tableau finit à 345 000 FCFA : lu de loin, l'activité tient debout. Lu ligne par ligne, au lundi de la semaine 1, il dit autre chose : le solde passe sous zéro en semaine 4 et descend à moins 210 000 en semaine 5. Il reste trois semaines pour agir.

Les trois gestes, appliqués au même tableau

Décaler une sortie. Le réassort de 250 000 FCFA prévu en semaine 3 est repoussé en semaine 6, après la rentrée de la facture.

Avancer un encaissement. Un acompte de 180 000 FCFA est demandé sur la commande en cours et encaissé en semaine 3. Cet argent n'est pas nouveau : il sort de la facture de 900 000.

Relancer une facture. 220 000 FCFA qui traînaient, attendus en semaine 6, sont réglés en semaine 4 après deux appels.

SemaineEntrées (FCFA)Sorties (FCFA)Solde (FCFA)
Semaine 1350 000510 000440 000
Semaine 2300 000425 000315 000
Semaine 3600 000305 000610 000
Semaine 4480 000480 000610 000
Semaine 5300 000470 000440 000
Semaine 6500 000700 000240 000
Semaine 7280 000290 000230 000
Semaine 8300 000185 000345 000

Comparez les deux tableaux : entrées totales identiques, sorties totales identiques, même solde en semaine 8, à 345 000 FCFA. Trois dates ont bougé, et le point le plus bas passe de moins 210 000 à 230 000 FCFA.

Décaler une sortie sans casser l'activité

C'est le geste le moins coûteux quand il est possible : ni remise, ni négociation, ni relation abîmée.

Ce qui peut presque toujours attendre quinze jours : un réassort que le stock couvre encore, un achat de matériel non urgent, une réparation qui ne bloque pas la production, et votre propre prélèvement. Ce qui ne peut pas attendre : les salaires, le loyer, les échéances dont le retard se paie en pénalité, et un fournisseur dont dépend la production.

La règle : on décale une sortie, on ne l'annule pas. La ligne repart plus loin dans le tableau et y apparaît plus grosse : dans l'exemple, la semaine 6 passe de 450 000 à 700 000 FCFA de sorties. C'est pourquoi on regarde ensuite les semaines 7 et 8, pour vérifier que le report ne crée pas un second trou.

Avancer un encaissement

Trois moyens de faire entrer plus tôt de l'argent déjà prévu, du plus courant au plus coûteux.

Facturer plus tôt. Beaucoup de petites structures facturent en fin de mois, une fois tout le travail livré. Facturer à la livraison fait entrer le même argent quinze jours plus tôt. Cela ne coûte rien et ne demande aucun accord.

Demander un acompte. C'est le moyen le plus efficace sur une commande en cours, et il se décide avant de commencer le travail.

Proposer une remise pour paiement immédiat. Le seul geste qui coûte de la marge, donc le dernier à envisager. Une remise de 2 % sur 500 000 FCFA coûte 10 000 FCFA : elle se compare au coût du blocage. Pour éviter un salaire en retard, elle est bon marché ; pour éviter un découvert de deux jours, non. Vendre à prix réduit un stock dormant remplit la même fonction.

Relancer une facture en retard

Ce geste n'ajoute pas d'argent : il récupère celui qui est dû. Une facture échue est une pièce comptable, pas une faveur. La relance est une étape normale, et la plupart des clients la reçoivent comme telle.

Trois règles suffisent. Relancez le lendemain de l'échéance, pas trois semaines après : plus le temps passe, plus la relance devient gênante pour vous. Écrivez court, avec le numéro de facture, le montant et la date d'échéance. Adressez-vous à la bonne personne : la comptabilité dans une entreprise, le gérant dans un commerce. Les formulations et l'ordre des défenses en amont sont détaillés dans délai de paiement client.

Ce qu'on ne fait pas : attendre que le client se rappelle, relancer une fois puis abandonner, ou téléphoner pour s'excuser de réclamer. Une facture qu'on ne relance pas devient un cadeau.

Quinze minutes le lundi, et trois erreurs à éviter

La tenue du tableau est une routine, pas un projet : quinze minutes, une fois par semaine, toujours le même jour. Le lundi matin convient : la semaine qui commence décide de ce qui doit être décalé, encaissé ou relancé.

Quatre gestes dans cet ordre. Relevez le solde réel : banque, mobile money, caisse. Saisissez la semaine écoulée avec les dates réelles, pas les dates prévues. Comparez le solde calculé au solde réel : l'écart est presque toujours une sortie oubliée ou un encaissement non noté. Puis regardez les quatre semaines à venir.

Trois erreurs rendent un tableau faux. Inscrire les ventes au lieu des encaissements : le tableau devient un tableau de marge et ne prévient plus de rien. Oublier les sorties espacées — déclarations, assurances, renouvellements : tout paraît sain pendant dix semaines, puis cela casse d'un coup. Et ne jamais confronter le solde calculé au solde réel : les écarts se cumulent en silence.

À retenir. Une feuille de calcul, trois colonnes, huit semaines devant vous, quinze minutes le lundi. Le jour où le tableau annonce un trou, il est encore temps d'agir.

Votre trésorerie tient-elle jusqu'au prochain encaissement ?

Le diagnostic en ligne reprend vos chiffres : ce qui entre réellement, ce qui sort à date fixe, et la semaine où le solde devient juste.

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FAQ — Le tableau de trésorerie d'une PME

Quelles colonnes faut-il dans un tableau de trésorerie ?

Trois : l'argent qui entre, l'argent qui sort, et le solde. En lignes, les semaines, sur huit à douze semaines devant vous. On ajoute seulement le solde de départ, qui doit correspondre à l'argent réellement disponible en banque, en mobile money et en caisse.

Faut-il tenir son tableau par semaine ou par mois ?

Par semaine. Un mois peut se terminer à l'équilibre alors que deux semaines à l'intérieur sont passées sous zéro. Loyers, salaires et déclarations tombent à des dates précises, et c'est cette date qui décide si vous pouvez payer.

Pourquoi une vente ne compte-t-elle pas comme un encaissement ?

Parce qu'une facture émise est une créance, pas de l'argent reçu. Tant que le paiement n'est pas arrivé, la somme n'existe pas dans votre trésorerie, même si le travail est livré et les salaires payés. Le tableau reçoit la date d'encaissement réelle.

Que faire quand le tableau annonce un solde négatif ?

Trois gestes, dans cet ordre : décaler une sortie non urgente, avancer un encaissement déjà prévu, relancer une facture échue. Dans l'exemple de cet article, les trois ensemble font passer le point le plus bas de moins 210 000 à 230 000 FCFA.

Faut-il un logiciel de gestion pour tenir sa trésorerie ?

Pas au début. Une feuille de calcul s'ouvre plus souvent qu'un logiciel qu'il faut paramétrer, former et payer chaque mois. L'outil devient justifié au-delà d'une trentaine de factures par mois, ou quand plusieurs personnes doivent saisir.

Combien de temps prend la tenue du tableau chaque semaine ?

Quinze minutes, une fois par semaine, toujours le même jour. Relever le solde réel, saisir la semaine écoulée, comparer le solde calculé au solde réel, puis regarder les quatre semaines à venir. Un tableau tenu une fois par mois ne prévient plus à temps.