La question arrive toujours au même moment : le devis est sur la table, et il faut choisir un outil. WordPress revient dans la conversation, Shopify aussi, et un développeur propose du sur-mesure. Les trois réponses sont défendables. Aucune ne convient à toutes les activités.

Ce qui décide, ce n'est pas la popularité de l'outil ni le nombre de tutoriels disponibles. Ce sont quatre contraintes locales : comment vos clients paient, quelle connexion ils ont, qui s'occupera du site après la mise en ligne, et ce que vous pourrez faire le jour où vous voudrez changer. Reprenons-les une par une, en disant aussi pour qui chaque option est un mauvais choix.

Trois familles, trois logiques

WordPress est un logiciel libre que l'on installe sur un hébergement. Vous choisissez le thème, vous ajoutez des extensions pour le paiement, la réservation ou le catalogue. C'est souple : presque tout est possible, souvent avec une extension. En contrepartie, c'est vous — ou quelqu'un pour vous — qui gérez les mises à jour, la sécurité et les sauvegardes.

Shopify est une plateforme hébergée par abonnement. Il n'y a pas de serveur à gérer, le thème est fourni, et l'ouverture d'une boutique se fait en quelques jours une fois les fiches prêtes. En contrepartie, vous louez votre boutique : abonnement mensuel, commissions sur les transactions, et un catalogue qui vit dans un système que vous ne contrôlez pas.

Le sur-mesure consiste à faire développer exactement ce dont vous avez besoin. C'est la seule option qui s'adapte à un fonctionnement qui ne rentre nulle part ailleurs : une logique de devis particulière, un espace client, un calcul de prix par surface. Le coût de construction est plus élevé, et chaque évolution repasse par un développeur — ce qui rend la documentation et la propriété du code décisives.

Ce que les trois ont en commun. Aucune option ne règle le contenu : les photos, les descriptions, les prix et les conditions de livraison restent votre travail, quel que soit l'outil. Le choix technique décide de la vitesse d'exécution, pas de la qualité du catalogue.

Critère 1 : le paiement mobile money

C'est le critère qui élimine le plus de candidats, et il se regarde avant tout le reste. En Côte d'Ivoire, au Burkina Faso et dans une bonne partie de la sous-région, une part importante des règlements se fait par Orange Money, Wave, MTN Money ou Moov Money. Une boutique qui ne sait pas encaisser ces moyens-là laisse partir les commandes.

Sur WordPress, l'encaissement mobile money passe par des extensions ou des passerelles locales. La plupart demandent un compte marchand validé auprès de l'opérateur ou d'un agrégateur, avec les pièces d'entreprise correspondantes. Le branchement technique se fait ensuite, mais le délai réel se situe du côté administratif, pas du côté du code.

Sur Shopify, l'encaissement par défaut repose sur la carte bancaire et les portefeuilles internationaux. Le mobile money dépend des passerelles disponibles pour le pays et du plan souscrit. Beaucoup de marchands ivoiriens gardent donc une partie de leurs encaissements hors boutique : un acompte reçu par mobile money, une commande confirmée sur WhatsApp, un paiement à la livraison.

Sur-mesure, l'intégration se fait directement avec l'interface de l'opérateur ou de l'agrégateur, sans dépendre d'une extension abandonnée. C'est l'option la plus souple sur ce point, à condition que le développeur documente l'intégration : sans documentation, vous ne saurez pas la refaire évoluer.

Une règle simple : demandez, avant de signer, la liste exacte des moyens de paiement qui fonctionneront à la mise en ligne, et qui obtient les comptes marchands. La réponse doit être écrite, pas promise oralement.

Critère 2 : la connexion et le poids des pages

Vos visiteurs naviguent en 3G ou en 4G, souvent sur un téléphone d'entrée de gamme, avec un forfait qui se termine avant la fin du mois. Une page lourde ne se contente pas d'être lente : elle coûte de l'argent à celui qui la consulte, donc elle est fermée.

WordPress : la légèreté dépend du thème et des extensions. Un thème acheté avec trois constructeurs de pages, deux curseurs animés et huit extensions laisse une page très lourde. Bien construit, avec un thème sobre et un hébergement correct, le même outil produit des pages rapides. C'est un choix de conception, pas une fatalité.

Shopify : l'infrastructure est solide, mais chaque application ajoutée insère son propre script. Une boutique avec quinze applications devient plus lente qu'un site vitrine classique. Le réflexe utile : n'installer une application que si vous pouvez nommer ce qu'elle remplace.

Sur-mesure : c'est souvent l'option la plus légère, parce qu'on n'y embarque rien d'inutile. Encore faut-il que la personne qui développe se soucie du poids des images et du chargement différé, ce qui s'écrit dans le cahier des charges.

Le test qui tranche reste le même pour les trois : ouvrez le site sur un vrai téléphone, en 4G, en navigation privée, et comptez jusqu'à ce que la page soit lisible.

Critère 3 : la maintenance, et qui s'en occupe

Un site reste en ligne plusieurs années. La vraie question n'est pas « combien coûte la mise en ligne » mais « qui s'en occupe dans dix-huit mois ».

WordPress demande un suivi régulier : mises à jour du logiciel, du thème et des extensions, sauvegardes vérifiées, surveillance des tentatives d'intrusion. Une extension abandonnée devient une porte ouverte. Un site WordPress sans responsable technique tient un moment, puis casse — souvent sur une mise à jour faite trop tard, un jour de forte activité.

Shopify gère l'infrastructure, les certificats et la mise à l'échelle. Il reste deux charges : les fiches produits (trente références à tenir à jour, c'est un vrai suivi) et la cohérence du thème, qu'une mise à jour d'application peut dérégler. Une équipe interne de deux personnes suffit souvent, sans compétence technique.

Sur-mesure n'entretient rien par défaut. Les dépendances techniques vieillissent, et sans personne pour les reprendre, une évolution devient un chantier. Exigez une documentation et un accès aux sources : sans elles, vous dépendez d'une seule personne pour toute modification.

La question à poser avant de choisir. « Qui fera les mises à jour dans un an, et avec quel accès ? » Si personne ne peut répondre par un nom, l'option retenue vous coûtera plus cher que prévu — quel que soit l'outil.

Critère 4 : la liberté de changer

Un outil se choisit aussi pour la facilité avec laquelle on le quitte. C'est rarement un critère de départ, et c'est souvent celui qui compte le plus trois ans plus tard.

WordPress est le plus portable des trois : le contenu s'exporte, la base de données se déplace, l'hébergeur se change. La réserve tient aux extensions : les données saisies dans un outil de réservation ou de catalogue sont parfois formatées pour lui seul, et ressortent difficilement.

Shopify permet d'exporter les produits et les commandes, mais pas la boutique telle qu'elle est. Changer de plateforme revient à reconstruire le thème et à rebrancher les applications. Reste aussi l'abonnement, qui court tant que la boutique est ouverte, et les commissions qui s'appliquent à chaque vente.

Sur-mesure offre la plus grande liberté en théorie : le code vous appartient si le contrat le dit. En pratique, un code sans documentation ni accès aux sources retient le client autant qu'une plateforme fermée. Le nom de domaine, l'hébergement et les comptes doivent être à votre nom, et cela vaut pour les trois options.

Pour qui chaque option est un mauvais choix

Aucune des trois n'est un mauvais outil. Chacune devient le mauvais choix dans des situations précises. Voici lesquelles.

WordPress est un mauvais choix si…

Personne ne veut s'occuper des mises à jour, ni chez vous ni à l'extérieur. Si votre équipe compte une personne et que le site doit tourner sans surveillance, l'entretien d'un WordPress devient une dette : les extensions vieillissent, la sauvegarde n'est jamais testée, et le problème se découvre le jour où le site tombe. C'est aussi un mauvais choix si vous voulez ouvrir vite avec un catalogue prêt : le temps gagné sur la licence se perd dans le paramétrage.

Shopify est un mauvais choix si…

Vous vendez des services, de l'artisanat sur-mesure ou des formations avec entretien préalable. Une plateforme de boutique impose un parcours d'achat standard : panier, prix fixe, paiement immédiat. Elle est également mal adaptée si vos clients règlent uniquement par mobile money et que la passerelle n'est pas disponible pour votre pays. Enfin, elle devient coûteuse si le volume de commandes reste faible : l'abonnement et les commissions courent même les mois creux.

Le sur-mesure est un mauvais choix si…

Vos besoins sont standards : présenter une activité, publier des réalisations, recevoir des demandes. Payer un développement spécifique pour cela revient à financer une cuisine sur mesure pour réchauffer un plat. C'est aussi un mauvais choix sans budget d'évolution : un site sur mesure qui ne bouge plus pendant trois ans alors que votre offre change chaque année vous enferme. Et sans documentation, la moindre modification coûte une intervention facturée au temps passé.

Décider en une heure, sans se tromper

Cinq questions suffisent à cadrer le choix. Vos clients paient-ils par mobile money, par carte, ou en espèces à la livraison ? Le catalogue est-il stable, ou change-t-il chaque mois ? Qui fera les mises à jour techniques dans un an ? Devez-vous adapter le parcours à un fonctionnement qui n'existe nulle part ailleurs ? Et quelle somme pouvez-vous consacrer au fonctionnement du site chaque année, abonnement compris ?

Les réponses dessinent l'outil. Un catalogue stable, un paiement en ligne réellement utilisé et une équipe sans compétence technique orientent vers une plateforme hébergée. Un site vitrine qui doit se classer sur Google, recevoir des demandes et rester modifiable par vos soins oriente vers WordPress. Un fonctionnement particulier, un espace client ou un calcul de prix spécifique orientent vers le sur-mesure, à condition d'avoir le budget pour le faire évoluer.

Un dernier point : l'outil se choisit pour trois ans, pas pour la mise en ligne. Celui qui vous fait gagner une semaine aujourd'hui peut vous coûter un mois de travail dans deux ans si personne ne peut le reprendre, ni vous, ni un autre prestataire.

Deux lectures complètent cette décision. Le type de site à construire se décide d'abord selon le parcours d'achat : vitrine, e-commerce ou les deux, la question se pose avant le choix de l'outil. Et quel que soit l'outil retenu, les questions à poser avant de confier son site restent identiques : propriété du domaine, accès, sauvegardes, délai écrit et sortie de collaboration. Pour les ordres de grandeur de budget selon la formule, notre article sur le prix d'un site web en Côte d'Ivoire donne les fourchettes du marché, poste par poste.

Quel outil pour votre activité ?

La page site web présente les formules, ce qu'elles contiennent et la façon dont un projet se déroule, du cadrage à la mise en ligne.

Voir la page site web Écrire sur WhatsApp

FAQ — WordPress, Shopify ou sur-mesure

Shopify fonctionne-t-il depuis la Côte d'Ivoire ?

La plateforme est accessible et une boutique peut être ouverte depuis la Côte d'Ivoire. La difficulté se situe du côté de l'encaissement : les moyens proposés par défaut sont la carte bancaire et les portefeuilles internationaux, et le mobile money dépend des passerelles disponibles pour le pays. L'abonnement se règle en devise étrangère, ce qui suppose une carte acceptant les paiements internationaux.

Faut-il savoir coder pour gérer un site WordPress ?

Pour publier une page ou changer un prix, non : l'interface s'apprend en quelques heures. Pour les mises à jour techniques, les sauvegardes et la sécurité, il faut une personne responsable, interne ou externe, avec un accès documenté. Le code n'est pas nécessaire ; la veille technique, si.

Le sur-mesure est-il toujours plus cher ?

Il coûte plus cher à construire, et chaque évolution repasse par un développeur. Il se justifie quand votre fonctionnement ne rentre dans aucun outil existant : devis calculés, espace client, logique de prix particulière. Pour présenter une activité et recevoir des demandes, un outil éprouvé revient moins cher à l'usage.

Peut-on changer de plateforme plus tard ?

C'est possible, mais le coût de sortie varie beaucoup. Un site WordPress se déplace avec son contenu et sa base de données, sous réserve des extensions utilisées. Une boutique hébergée laisse exporter les produits et les commandes, pas le thème : changer de plateforme revient à reconstruire la mise en forme. Prévoyez cette sortie avant de choisir, pas après.

Qui doit héberger le site et posséder le nom de domaine ?

Vous, dans les deux cas. L'hébergement et le nom de domaine sont des biens, pas des services accessoires : s'ils sont enregistrés au nom du prestataire, vous ne pouvez pas déménager votre site sans son accord. Demandez les identifiants d'administration avant la mise en ligne, pas à la fin du projet.

Combien de temps prend l'ouverture d'une boutique ?

Le temps dépend moins de l'outil que de la préparation : fiches produits, photos, tarifs de livraison, politique de retour. Une plateforme hébergée réduit la partie technique, pas le temps de rédaction. Tant que ces éléments ne sont pas prêts, la boutique reste vide, quel que soit l'outil choisi.